Pare-vapeur obligatoire : ce que dit le dtu

Publié par Vincent Coralie le 19/02/2026 02:16 et modifié le 20/02/2026 11:49.

La RE2020 impose l'installation d'un pare-vapeur obligatoire dans tout bâtiment neuf. Cette mesure vise à garantir l'étanchéité à l'air, à réduire la migration de vapeur d'eau et à prévenir les risques de condensation. Elle vient compléter le pare-vapeur obligatoire défini par l’arrêté du 18 novembre 2024, qui détaille les conditions techniques d'exécution, les résistances thermiques minimales et l'obligation d'une visite préalable. Cet article explore le cadre réglementaire, les critères techniques et les bonnes pratiques pour poser un pare-vapeur aux normes.

Dans quels cas le pare-vapeur est-il obligatoire ?

L'obligation d'installer un pare-vapeur dépend de la composition de la paroi, du type d'isolant utilisé et du climat de la région. Depuis 2020, le CPT 3815 a remplacé le CPT 3647 et introduit un seuil scientifique basé sur la résistance à la diffusion de vapeur totale de l'ouvrage. Si cette valeur est trop faible, la pose d'un pare-vapeur devient indispensable pour protéger l'enveloppe du bâtiment contre l'humidité et la migration de vapeur d'eau.

Composition d'une paroi avec pare-vapeur

Obligations réglementaires RE2020 et DTU pour le neuf

La RE2020 exige que le dossier de permis de construire intègre l'installation d'un pare-vapeur continu, ainsi que le traitement des ponts thermiques. Le produit sélectionné doit être certifié conforme au DTU 24.1 et compatible avec l'isolant choisi, sous peine de voir le dossier technique rejeté ou d'échouer au test d'infiltrométrie (n50 ≤ 0,6 vol/h). Installer le pare-vapeur du côté chaud de la paroi prévient la condensation interstitielle, prolonge la durée de vie de l'isolant et améliore directement l'indice carbone (IC) de la construction.

  • Continuité obligatoire : le film doit recouvrir toute la surface sans interruption, avec des chevauchements collés et des joints parfaitement scellés.
  • Épaisseur minimale : 0,20 mm en aluminium ou polypropylène, conformément aux préconisations du DTU.
  • Contribution carbone : le respect de cette règle permet de réduire l'impact environnemental global du bâtiment.

Critère de décision selon le CPT 3815 et calcul Rd

Le CPT 3815 établit un seuil précis : si la résistance à la diffusion de vapeur (Rd) totale de la paroi est inférieure à 0,48 m²·s·Pa/kg, l'installation d'un pare-vapeur est obligatoire. Cette analyse doit être effectuée lors de la visite technique préalable, contrairement à l'ancienne règle plus vague du pare-vapeur obligatoire RT 2012. Un calcul simple, par exemple BA13 (0,065) + laines minérales 350 mm (0,175) = 0,240, montre que l'ouvrage a besoin d'un pare-vapeur pour se prémunir contre l'humidité et la condensation.

Matériau Résistance Rd (m²·s·Pa/kg) Remarques
BA13 standard 0,065 Parement intérieur classique
Laine minérale 350 mm 0,175 Isolant couramment utilisé
Polystyrène 100 mm 3,000 Isolant rigide à Rd élevée
Membrane pare-vapeur ≈ 9,000 Garantit l’étanchéité à la diffusion
Seuil décisionnel 0,480 Si Rd totale < 0,48 → pare-vapeur obligatoire

Exigences spécifiques DTU 31.2 Ossature bois et DTU 45.10 Combles

Le DTU 31.2 rend la membrane pare-vapeur absolument nécessaire dans toute construction à ossature bois; le Sd minimal doit être de 18 m pour un parement ventilé et de 90 m pour un parement non ventilé. Les revêtements en papier kraft, enduits PE ou bitume ne constituent pas une solution certifiée et ne peuvent en aucun cas se substituer à la membrane exigée. Respecter ces prescriptions assure la durabilité de l'ouvrage et une bonne étanchéité face à la vapeur d'eau.

Le DTU 45.10 impose également un pare-vapeur pour les combles perdus ou combles aménagés isolés avec des laines minérales, avec un Sd d'au moins 18 m en zone tempérée et 57 m en milieu très froid. Poser un pare-vapeur adapté protège la paroi, limite la migration, prévient toute condensation et assure la longévité de la construction, qu'elle soit en bois ou en maçonnerie.

Quand peut-on se passer d'un pare-vapeur

L'installation d'un pare-vapeur n'est pas automatiquement obligatoire; elle dépend toujours du calcul de la résistance à la diffusion de vapeur (Rd) de la paroi. Cette règle prévoit une dispense dans certains cas, mais uniquement si une justification technique prouve que la diffusion de vapeur d'eau reste contrôlée dans le climat local.

Comparaison pare-vapeur vs sans pare-vapeur

Cas de dispense selon le calcul Rd et type de paroi

Quand ne pas mettre de pare-vapeur ? Lorsque la Rd totale dépasse 0,48 m²·s·Pa/kg, le CPT 3 815 considère que la paroi est suffisamment résistante pour limiter la migration interne et les risques de condensation. Par exemple, une paroi combinant du BA13 et du polystyrène extrudé de 100 mm atteint une Rd de 3,065, ce qui rend inutile toute membrane étanche supplémentaire.

  • Parois très perspirantes : Les murs en terre crue, en pierre massive ou les maçonneries anciennes réduisent naturellement l'humidité si le climat est doux.
  • Climat méditerranéen (H3) : Les températures clémentes et le faible taux d'humidité limitent la diffusion de vapeur d'eau pendant l'hiver.
  • Isolants à forte Rd : Le polystyrène extrudé, le polyuréthane ou certains panneaux rigides bloquent naturellement la vapeur, rendant le pare-vapeur superflu.

Même en cas de dispense, une VMC performante et un contrôle régulier de l’humidité protègent l'air intérieur contre l'excès d'humidité. Cette précaution aide également à éviter la formation de ponts thermiques discrets dans la paroi.

Choix du frein-vapeur pour isolants biosourcés et hygroactifs

Les isolants hygroactifs nécessitent une paroi respirante : il est préférable d'installer un frein-vapeur hygrovariable plutôt qu’une membrane totalement étanche. Opter pour un isolant sans pare-vapeur adapté risquerait de piéger l'humidité, de provoquer un tassement et de diminuer les performances thermiques de l'ouvrage.

  • Ouate de cellulose : Un frein-vapeur avec un Sd de 1 à 5 m favorise une évacuation régulière de la vapeur d'eau.
  • Fibre de bois et chanvre : Des membranes hygrovariables ajustent leur étanchéité en fonction des variations saisonnières d’humidité.
  • Mousse polyuréthane : Peut recevoir un pare-vapeur très étanche (Sd > 90 m), sa structure fermée étant peu sensible à la migration d’eau.

En zone H1 (froide), il convient de renforcer l’étanchéité à la vapeur, tandis qu’en zone H3 (tempérée), un simple frein-vapeur suffit souvent, sous réserve d’un calcul complet. Pour approfondir ces notions et connaître les épaisseurs recommandées, consultez l’ isolation plafond RT 2020, un article synthétique très utile.

Risques et conséquences d'une absence non justifiée

Négliger le pare-vapeur lorsque la Rd est insuffisante entraîne une accumulation d’humidité, suivie d’une condensation interstitielle qui détériore rapidement l'isolant. Les matériaux en vrac se tassent, la résistance thermique baisse, et la paroi perd sa capacité à protéger l'ouvrage.

Sur le plan réglementaire, la construction devient non conforme à la RE2020 : le test d’infiltrométrie échoue et les aides publiques peuvent être retirées. L’entreprise engage alors sa responsabilité décennale dès la réception des travaux.

Structurellement, une humidité chronique peut provoquer de la corrosion, la pourriture du bois, l’apparition de moisissures et une dégradation de la qualité de l’air intérieur. Ces désordres sont coûteux à réparer et menacent la durabilité des murs et de la technique de construction employée.

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Comment mettre en œuvre correctement un pare-vapeur

Pour une mise en œuvre pare-vapeur conforme aux DTU, il est essentiel d'assurer une continuité parfaite, de sceller chaque joint avec précision et de procéder à une vérification finale rigoureuse. Cette démarche technique garantit l'efficacité énergétique du bâtiment, réduit la migration de la vapeur d'eau et prévient les problèmes liés à l'humidité, à la corrosion ou à la condensation interne.

Schéma de pose du pare-vapeur

Positionnement et techniques de pose pour assurer la continuité

Le pare-vapeur doit toujours être installé du côté chaud de la paroi, entre l'isolant et la finition intérieure, et jamais côté froid. La pose commence par le déroulement régulier d'une membrane d'au moins 0,20 mm d'épaisseur, en veillant à éviter les plis et les poches d'air qui compromettraient l'étanchéité globale et la performance de l'isolation thermique.

  • Chevauchements collés : prévoyez un chevauchement d'au moins 10 cm et réalisez un collage ou une soudure à chaud pour assurer l'étanchéité.
  • Bandes d’étanchéité spéciales : utilisez exclusivement des rubans certifiés DTU pour tous les joints et les raccords.
  • Fixation discrète : agrafez ou clouez sur les solives, puis rebouchez chaque perforation immédiatement pour préserver l'étanchéité à l'air.

Pour une toiture sarking ou sous bac acier, cette technique inclut une lame d'air ventilée de 20 à 40 mm sous la couverture, suivie du pare-vapeur côté chaud afin de bloquer la vapeur d'eau et d'éviter la condensation sur les surfaces métalliques. La membrane est placée après l'isolant et avant la plaque de plâtre ou toute autre finition intérieure.

Traitement des pénétrations et raccords critiques

L'étanchéité à l'air RE2020 repose sur le traitement minutieux des traversées : conduits de VMC, câbles, velux, cheminées et autres percements doivent être manchonnés ou mastiqués avec des accessoires adaptés. Aucune fuite ne doit subsister autour de ces zones sensibles, qui sont des sources majeures de déperditions énergétiques et de condensation, que ce soit dans des combles aménagés ou des combles perdus.

Les raccords avec les menuiseries – fenêtres, portes ou velux – demandent la même attention : la membrane est reliée au dormant à l'aide de mastic ou de ruban autocollant, éliminant ainsi tout pont de vapeur et toute zone humide potentielle sur les murs périphériques.

Pour les combles perdus, les jonctions entre l'isolant et les parois latérales doivent impérativement être scellées. Dans les combles aménagés ou les toitures en pente, la continuité du film doit être prolongée jusqu'aux liaisons entre les murs et la toiture, évitant ainsi toute zone non protégée sujette à la migration de la vapeur d'eau et à la dégradation de l'étanchéité.

Contrôles post-pose et validation de la conformité RE2020

Le test d'infiltrométrie (blower-door), exigé par la RE2020, doit confirmer une valeur n50 ≤ 0,6 vol/h pour valider l'étanchéité globale du bâtiment. Des relevés hygrométriques et une thermographie infrarouge complètent cette vérification en identifiant d'éventuels ponts thermiques, poches d'humidité ou zones de condensation non traitées.

La documentation complète – incluant des photos datées, les fiches techniques et les rapports d'essai – doit être archivée pour la réception des travaux. À cette étape, l'installateur rappelle que le pare-vapeur obligatoire doit rester continu, et être associé à une ventilation efficace et à une isolation thermique performante pour assurer la protection durable du bâtiment.

Foire aux questions

Oui, dans la plupart des cas. La réglementation RE2020 rend le pare-vapeur obligatoire pour tout bâtiment neuf dont la paroi présente une résistance à la diffusion de vapeur (Rd) globale inférieure à 0,48 m²·s·Pa/kg, un seuil défini par le CPT 3815. Seules les parois très résistantes, comme celles isolées avec des matériaux rigides et épais (polystyrène ou PUR), ou situées sous un climat méditerranéen doux, peuvent faire exception. Cependant, une étude technique rigoureuse reste indispensable. De plus, les DTU 31.2 pour l’ ossature bois et 45.10 pour les combles rendent ce dispositif obligatoire, avec des valeurs Sd minimales bien définies, afin de prévenir tout risque d’ humidité et de condensation dans les murs.

Les isolants biosourcés hygro-actifs, comme la ouate de cellulose, la fibre de bois, le chanvre ou la laine de mouton, peuvent généralement se contenter d’un simple frein-vapeur hygrovariable (avec un Sd d'environ 1 à 5 mètres). Celui-ci permet à la paroi de réguler l’ humidité en séchant naturellement. À l’opposé, la mousse polyuréthane exige un pare-vapeur très étanche (Sd > 90 m) car elle craint peu la condensation. Enfin, les isolants rigides tels que le polystyrène extrudé ou le PUR possèdent naturellement une forte résistance (Rd). Si la résistance totale de la paroi dépasse 0,48 m²·s·Pa/kg, l'ajout d'un pare-vapeur est inutile, ce qui simplifie la technique d’ isolation des murs.

Sous un climat froid (zone H1), les murs extérieurs en béton, parpaing ou pierre qui sont isolés par l'intérieur nécessitent presque systématiquement un pare-vapeur pour éviter la condensation. De même, tous les murs à ossature bois, conformément au DTU 31.2, doivent en être équipés, quel que soit le climat ou le type d'isolant utilisé. En revanche, une paroi massive en terre crue ou en pierre épaisse, située dans une région méditerranéenne (H3) et bénéficiant d’une bonne ventilation (notamment par une VMC performante), peut souvent s’en passer, à condition qu’un calcul prouve une résistance à la diffusion de vapeur (Rd) suffisante.

La donne change pour l’ isolation des murs par l'extérieur : si l'isolant posé à l'extérieur (comme le polystyrène, le PUR ou des panneaux de bois haute densité) fait déjà office de barrière efficace contre la vapeur, le pare-vapeur intérieur peut être remplacé par un simple frein-vapeur. Dans tous les cas de figure, il est crucial de calculer la résistance à la diffusion de vapeur de chaque couche de la paroi et de respecter scrupuleusement les préconisations techniques du DTU. C'est la clé pour garantir la longévité du bâtiment et une maîtrise parfaite de l’ humidité.